Je dédie ce voyage
à Sonia ...
Islamabad - Skardu
:
6 juin, après des mois de préparation, le
grand jour du départ est arrivé. Nous embarquons à Genève le coeur serré,
quittant amies, femmes, enfants pour aller vers des aventures en terres
inconnues. Moments lourds d'émotion.
Le check-in est fastidieux, malgré une
partie du fret envoyée au début du mois dans des bidons, nous avons encore
chacun deux énormes sacs à faire passer et ... beaucoup de kilos
superflus. Nos sacs pleins doivent encore recevoir les rations de viande
séchée et fromage apportées le jour même par Pierre-Yves. Je fais passer
un sac de 30 kg en soute et garde un sac à dos qui doit peser également
une trentaine de kilos comme bagages à main. C'était prévisible, nous nous
faisons arrêter à la porte d'embarquement pour avoir trop de bagages !
Parlementations, discussions, nous parvenons pour finir à faire passer nos
bagages sans payer de frais supplémentaires, merci à l'hôtesse de terre
qui fait preuve de bonne volonté.
27 juin, après un long vol via Londres,
nous arrivons à Islamabad tôt le matin. Il fait chaud et très hum
ide. Le
rythme est donné, deux heures nous serons nécessaires pour passer la
frontière, chaque personne étant filmée à son arrivée et les documents
vérifiés avec grande attention. Pas de doutes nous sommes bien au Pakistan
! Les hommes sont tous vêtus de manière identique : chemises amples
tombant sur les genoux et pantalons de coton assortis à la chemise. Les
femmes portent des vêtements amples à la manière arabe mais ne sont pas
toutes voilées. A l'intérieur de l'aérogare, les panneaux indiquant les
toilettes côtoient les indications menant aux lieux de prière.
Une fois la douane passée, une demi-heure
supplémentaire sera nécessaire pour déclarer la perte d'un sac, celui de
Tony. Enfin, nous pouvons sortir de l'aéroport en essayant de nous frayer
un chemin dans une foule bigarrée et extrêmement dense. A la sortie, Ali,
notre guide, est là avec un chauffeur. Chacun de nous reçoit un bouquet de
fleurs et une bouteille d'eau en guise de bienvenue. Les présentations
faites, nous partons pour notre hôtel, à Rawalpindi.
L'après-midi, grande classe, nous avons
un minibus à notre disposition pour nous amener au bureau de Hunza Guides,
notre correspondant sur place qui se trouve à Islamabad. Sur la route,
quelque chose surprend : nous partons de Rawalpindi, une ville foisonnante
de trafic, d'activité où les véhicules côtoient des charrettes tirées par
des ânes. Les maisons sont construites sur un ou deux étages, de piètre
qualité. Beaucoup de gens occupent les rues, des hommes principalement. La
pauvreté est omniprésente. Une vingtaine de minutes plus tard, le bus,
traverse une "frontière" d'arbres, nous voici à Islamabad. En quelques
mètres, nous passons d'une ville à l'autre, d'une ambiance à une autre.
Islamabad,
construite il y a trente ans pour devenir la nouvelle capitale
du pays est une ville moderne aux allées rectilignes. Depuis la route,
seuls des arbres ou des parcs sont visibles, les bâtiments se cachent
derrières ces haies de verdure. Ici pas vraiment de centre, il y a un
quartier international, un quartier résidentiel, un quartier des
ambassades bref les distances sont énormes, les constructions que nous
pouvons apercevoir sont faites de béton, architecture moderne mais assez
peu recherchée. La ville est froide et sans charme. Pour aller au bureau
de Hunza Guides, nous passons tout de même vers un quartier extrêmement
pauvre où des constructions de terre côtoient, à quelques mètres de là,
les immenses demeures de la classe aisée, difficile contraste !
Arrivée au bureau de Hunza Guides. Ici,
le responsable de l'agence, Amir, nous accueille de manière très joviale
dans son immense propriété. Nous sommes bien loin de la pauvreté des
quartiers de Rawalpindi. Amir est un homme est bien portant, habillé à
l'européenne, ses enfants sont scolarisés et parlent tous anglais. La
maison est vaste et dans un pièce nous constatons avec soulagement que
tous nos bidons envoyés par fret sont bien arrivés à destination. Nous
parlons ensemble longuement du Pakistan, des effets dévastateurs du 11
septembre sur le tourisme du pays, des montagnes et de la météo puis,
finalement, nous commençons à parler de l'expédition.
Nous définissons ensemble le nombre de
porteurs que nous aurons besoin, leur prix, les besoins en nourriture, en
essence pour les réchauds. Bref, en comparaison de l'Alaska, nous aurons
une intendance surpassant mes plus beaux rêves : porteurs pour nos
bagages, viande, légumes et fruits jusqu'au camp de base (Amir se targue
d'être l'unique personne a pouvoir nous faire parvenir des mangues
fraîches jusqu'à 5000 mètres !). En plus, une tente « mess » est prévue.
Elle nous permettra de manger tous ensemble sous un abri. Ajouter à cela
une tente pour mettre nos tonneaux, une autre pour la cuisine et son
équipe. Bref, c'est le top du top !
Ce n'est qu'en fin de journée que nous
rejoignons l'hôtel. Enfin l'opportunité de téléphoner à Sonia. Le natel
passe sans problème ici mais Dieu que Genève semble loin ...
Le lendemain, journée d'attente ... enfin
plus précisément journée passée à attendre ! Le matin, nous avons
rendez-vous à l'hôtel avec notre officier de liaison. L'homme, un major de
33 ans, nous suivra durant tout notre périple jusqu'au camp de base. Sa
mission est de contrôler que nous n'utilisons ni GPS, ni appareils photos
numériques, ni téléphone satellite Iridium (ici seuls les téléphones
fonctionnant avec le réseau arabe Turaya sont autorisés) et que nous
suivons bien la route établie ... autant dire que nos bagages ne sont de
loin pas réglementaires !! Ce matin là, notre officier de liaison s'est
pointé avec quelque deux heures de retard, chose normale semble-t-il.
Major Waheed, tel est son nom. Enfin, si il vient à l'hôtel, c'est pour
contrôler les affaires que nous lui avons amenées. En effet, il faut dire
que nous devons lui fournir tout son habillement nécessaire pour monter au
camp de base et, selon le règlement, il faudrait du matériel neuf ! Du
pantalon à la veste en passant par les lunettes, piolets, bref la totale.
Pour notre part, étant donné le coût des affaires de montagne, nous avons
chacun donné quelque chose provenant de notre équipement. L'officier fait
quelque peu la moue en voyant le matériel usagé mais pour finir à
l'exception des lunettes, guêtres et petites choses il accepte ce que nous
donnons.
Ceci fait, nous embarquons dans le
minibus qui nous mène au Ministère du Tourisme. Il faut s'enregistrer et
signer quelques papiers.
Là encore, nous patientons deux heures pour dix
minutes de formalités. Reste encore à se rendre à l'autre bout de la ville
pour verser une caution à une société, type REGA, qui s'occupe du
rapatriement des alpinistes en cas de pépin. A force d'attendre, la
journée se termine. Ce soir nous sommes invités par Amir dans un
restaurant qui se situe sur le toit d'un immeuble, à l'écart des autres
clients. Le repas se déroule au son des muezzins qui scandent les prières.
Pour la dernière fois du séjour, nous avons droit à un must dans cette
ville : une bière chacun !
Mardi 29, départ 5 heures du matin. Nous
prenons tous place dans le minibus accompagnés par Ali, notre guide,
Waheed, un chauffeur et notre matériel au complet. C'est le grand départ.
Nous roulons toute la journée sur la Karakoram Highway,
route mythique construite par les chinois il y a quelques années. De "Highway"
il n'y a en fait que le nom et le trafic ! En réalité, la route est
étroite, sinueuse, les nids de poules sont fréquents. La conduite est, je
le pense, réservée aux autochtones habitués , il faut jongler entre les
dépassements fréquents de camions d'un autre âge, les courbes, les travaux
qui ne sont pas indiqués, bref je ne compte pas
les frayeurs que j'ai eues durant cette journée !
De frayeurs, nous en avons eu une belle sur le coup
des 9 heures du matin. Je dormais tranquillement sur ma banquette,
essayant de rattraper quelques heures de sommeil, quand un immense choc me
réveilla en sursaut. Le temps de reprendre mes esprits et de comprendre ce
qui se passait... le bus était arrêté, le pare-brise rempli de sang. Il
m'a fallu quelques secondes pour comprendre que nous nous étions arrêtés
dans un village pour acheter des fruits, en descendant du véhicule notre
chauffeur s'était fait renverser par un camion et gisait à terre. La foule
était extrêmement dense et bruyante autour de notre bus. Bref, ni une ni
deux, nous nous sommes précipités vers le chauffeur pour constater les
dégâts. Par chance, un "hôpital" se trouvait en face du lieu de
l'accident. Nous avons donc conduit notre brave chauffeur sur une civière.
Diagnostic : commotion et diverses blessures à la tête. Ma visite dans
l'hôpital a été brève tellement l'endroit était glauque. L'hôpital était
en fait constitué d'un immense hall peu éclairé. A l'entrée, un bureau
faisant office de réception, dans le fond un lit taché de sang et puis
voilà. C'était l'hôpital ! Bref, nous avons donc appelé le bureau de Hunza
Guides à Islamabad qui a immédiatement dépêché un nouveau chauffeur qui
nous a rejoint deux heures plus tard. Quelle aventure !
Arrivée
le soir sur le coup des 21 heures dans un petite ville nommée Chilas,
perdue au milieu de nulle part.
Aujourd'hui,
longue journée, forte en émotions. Néanmoins, j'aurais vu deux choses
extraordinaires le long du chemin : le fleuve Indus (si on m'avait dit,
alors que j'apprenais les cours d'eau en cours de géographie, que je
verrai un jour ce fleuve de mes propres yeux ! Je ne l'aurais jamais cru
!) et puis autre fait marquant nous avons eu une superbe vue sur le Nanga
Parbat, la "montagne des allemands" ou la "montagne tueuse". L'occasion
pour Tony de nous raconter quelques anecdotes et histoires de montagnes à
propos de ce sommet mythique, à donner froid dans le dos !

30 juin, nouvelle journée de minibus à destination de
Skardu. Le voyage s'est déroulé sans encombres si ce n'est qu'Ali avait
embarqué un de ses copains qui se rendait à la même destination que nous.
Geste sympa mais les choses se sont gâtées après une heure de car .. je ne
sais pas si c'est l'odeur écoeurante des mangues que nous avions à bord ou
le fait de virages intempestifs du chauffeur, mais notre invité a commencé
à être malade et vomir dans le car, charmant ! De peau matte, il est passé
un à un vert bizarre ... bref cela a duré toute la journée, c'était super
!
16h00 arrivée à Skardu. Enfin !