Le Récit - Partie II

 

Broad Peak / 8047m.

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Le Récit - Partie III

 

Skardu - Base Camp :

 

Skardu ... petite ville typique foisonnante de vie. Ici l'ambiance est sympa ... le quartier du bazar particulièrement mais aussi la grande rue centrale où les marchands de tout types ont pignon sur rue. Des magasins d'un autre âge avec des produits venu d'on ne sait où. Ici dernière ville avant la montagne, nous profitons d'acheter les derniers petits articles de montagne qui nous manquent et quelques équipements supplémentaires pour notre officier de liaison. Dernier repas à l'hôtel, dernier téléphone en Suisse, dernière nuit dans un lit. Demain l'aventure commence !

1er juillet, nous embarquons sur des Jeeps pour une longue journée sur les pistes qui mènent à Ashkolé, dernier village du Karakoram. Nous passons quelques villages sinon le paysage est composé de longues contrées complètement sauvages. C'est magnifique. Sur le chemin nous apercevons les mines de pierres précieuses coincées sur les flancs de montagnes. Les plus gros gisements d'aqua marine du monde se trouvent parait-il ici. Avant d'entamer les routes montagneuses, nous nous arrêtons à un poste frontière, perdu au milieu de nulle part. Nos papiers sont longuement contrôlés avant que nous puissions continuer notre chemin. Plus l'heure avance, plus les chemins deviennent sinueux et étroits. C'est en fin d'après-midi que nous atteignons enfin notre destination après un dernier passage sinueux. Je me demande encore comment notre chauffeur a fait pour garder les quatre roues de la Jeep sur la route ! Premier bivouac.

2 Juillet, le trek, enfin ! La journée commence par la pesée et la répartition de notre matériel entre les porteurs. 25 kilos de charge maximum par homme, 10 porteurs pour nos affaires personnelles, 80 autres pour la nourriture et le matériel commun. Ca ne rigole plus !Nous attaquons donc notre marche le long d'une immense vallée désertique. On dirait une photo, le long train des porteurs dans ces paysages de roche, quelle vision ! En bas du chemin, un torrent déverse ses flots tumultueux et gris vers d'autres horizons. Avant d'arriver au premier camp en fin d'après-midi, le regard de notre équipe est attiré par deux petites tâches rouges au milieu du fleuve. En regardant bien nous comprenons qu'il s'agit de deux corps sans vie accrochés aux rochers. Nous apprendrons plus tard qu'il s'agit de porteurs qui ont voulu prendre un raccourci en traversant la rivière. Ici pas droit à l'erreur, les deux hommes ont été emportés par le trop fort courant !

Enfin, dans les nouvelles moins glauques, nous avons rencontré M. Lacedelli, pionnier du K2 il y a 50 ans, accompagné de toute une escorte de soutien. A 80 ans le type revient sur les traces de son exploit, il s'arrêtera toutefois au camp de base du K2. Même si à l'époque Lacedelli a fait des sales coups à ses compagnons de cordées, il a du mérite de se refaire la route à son âge !

Pour notre part, arrivée en fin de journée au camp de Jalu. Ici, le "grand" luxe ! Des surfaces en terrasses ont été aménagées et nous permettent de planter les tentes en tout confort. Une petite échoppe vend des bouteilles de coca à USD 5.-. Pour nous laver, des lavabos dispensent de l'eau courante froide et des cabines fermées nous permettent de nous laver avec des sceaux d'eau froide. Brrr ! A noter que des poubelles ont même été prévues ici, normalement elles devraient permettent de trier les déchets mais ici ce principe ne doit pas être connu, enfin ... Première nuit, tout roule.

3 juillet, grosse journée de marche sous une chaleur étouffante. Départ du camp à 7h30, arrivée au camp de Payu à 16h30. Pour la première fois nous apercevons au loin les Tours de Trango, un des buts de mon voyage. Quelle vue magnifique !! Ces pics s'élevant vers le ciel sont impressionnants, si on y rajoutait un château noir, on pourrait croire qu'il s'agit des montagnes maléfiques dessinées par Walt-Disney ! Heureusement toutefois, ici pas de vieille sorcière en train de cuire quelque potions magiques !


4 juillet, journée de repos. Même si nous ne sommes pas particulièrement fatigués, cette halte est une obligation par respect pour les porteurs. L'occasion de dormir un peu, faire la lessive et une petite ballade pour découvrir cette nature sauvage. J'en profite pour tester pour la première fois notre téléphone satellite. Ca fait bizzare, j'appelle Sonia qui est en train de se bronzer les pieds en Italie, je l'envie, elle me manque.

En ce lundi 5 juillet nous reprenons la route, il est 7h00 du matin. Les porteurs nous pressent de partir, ils veulent prendre de l'avance sur nous, la journée sera longue. Nous quittons vite les chemins de terre pour entamer notre marche sur le glacier du Baltoro, un des plus grands du monde. Cette surface gelée est immense, inimaginable. Un petit chemin sillonne toute la journée à travers ces collines de glace et de cailloux. C'est un peu déprimant car le regard ne peut se porter que sur la prochaine colline. En haut... En bas ... En haut ... En bas ... Sur le coup des midi, une pente plus raide s'étend devant nous. Nous l'escaladons en file indienne, les cailloux glissent sous nos pieds, le sol est rendu instable par la glace. Je m'agrippe et pas le temps d'esquiver une grosse pierre qui vient me fracasser la main. Douleur violente. Je continue toutefois et m'arrête en haut de la pente pour reprendre mes esprits. Malgré une forte douleur, pas le choix il faut finir la route. Nous arriverons finalement au camp à 16h30, nous sommes à 4'047 mètres en face des Trangos, vue splendide. Souper, dodo à 20h30 !!

6 Juillet, nous devions nous lever à 5h30 mais la pluie retarde notre départ à 8h00. Ici impossible de pratiquer le chemin par mauvais temps. Après les nuages, le beau temps. La marche est agréable aujourd'hui, les paysages sont grandioses. Des rivières ont creusé leur lit dans la glace et, ainsi, des teintes turquoises se mêlent au gris foncé des roches et au blanc de la neige. En levant les yeux nous sommes submergés par l'impressionnante chaîne des Masherbrums à notre droite et au loin nous apercevons les Gasherbrums I et II. Derrière nous se dressent encore les Cathédrales et Trangos ... c'est fabuleux ! Arrivée à Gore II, 4'300 mètres. Ce soir il fait froid en comparaison de ces derniers jours. Des 40 degrés d'Islamabad nous tombons actuellement à 5 degrés ... le choc est violent. Le montage des tentes est fastidieux ce soir car un fort vend souffle et, ici, pas de camp aménagé ni d'esplanade de terre pour planter les tentes. Ces dernières sont montées sur le pierrier du glacier. Pour couronner le tout ma main est très enflée ne me permet ni de porter, ni de serrer des objets ... heureusement les porteurs sont là et m'aident. Ils sont vraiment sympas.  En rentrant dans ma tente j'ai d'ailleurs pitié pour eux qui sont entassés derrière un mur de pierre, protégés par une bâche plastique et une couverture pour ceux qui ont de la chance !



07 juillet, dernier jour de trek. Ce matin, la diane est à 5h30, la journée sera longue mais peu importe, j'ai hâte de partir étant donné le chemin magnifique qui nous attend. Durant les premières heures de marche nous rencontrons deux journalistes du Stern qui font un reportage sur les 50 ans de l'ascension du K2. Etant donné leurs fréquents contacts avec Francfort, ils nous renseignent sur les nouvelles mondiales, sur la finale de l'Euro2004 et dans un registre moins drôle nous apprennent également que des alpinistes allemands se sont retrouvés coincés dans une tempête au Nanga Parbat, deux d'entre eux ne reviendront jamais. Enfin, malgré ces nouvelles peu encourageantes nous arrivons à notre première étape importante : Concordia. Le point central du glacier qui se sépare à cet endroit en forme de "Y". Nous sommes à l'altitude du Cervin ici, la vue est splendide. A droite vue sur le Mitre Peak, en face les Gasherbrums, à gauche le K2 pointe légèrement son nez, derrière nous, les éternelles Trangos. Halte de midi à Concordia pour le lunch avec son menu invariable depuis notre départ : une soupe, biscuits secs sucrés, un fromage "vache qui rit", des fruits secs, des sardines à l'huile. C'est assez bon sauf l'infâme jus d'orange chaud qui nous est servi en guise de boisson.

Peu de temps pour se prélasser, nous avons encore quatre bonnes heures de marche à faire pour arriver au camp de base. Le terrain cet après-midi est composé de grosses pierres rendant la marche astreignante. Mais voilà, pour finir, pour finir nous voici au "BASE CAMP" ! Le Broad Peak s'élève en face de nous, la vue sur le K2 est à couper le souffle.

Les porteurs sont tous là, Ali les paie puis vient l'heure des aux revoirs avec ces chouettes et braves types qui ce soir encore redescendent vers Gore II. Pour notre part, nous ajoutons quelques couches à notre habillement vu la température en chute et nous mettons au travail, la journée n'est pas finie. En effet, ici, comme la veille, il nous faut pousser de grosses pierre, bêcher, peller, racler la glace pour aplanir des surfaces qui seront dignes d'accueillir nos tentes. Pas facile, surtout avec une main qui ne sert pratiquement à rien. Nous effectuons le travail de manière grossière demain viendront les finitions. Il est l'heure de monter les tentes et d'aller manger une morse. Ce soir, tout le monde est claqué et ne parle pas beaucoup. Il fait froid, nous avons tous hâte de retrouver notre confortable sac de couchage le plus vite possible.

Cette nuit alors que je passais la tête au dehors de ma tente j'ai vu un des plus beaux ciels que j'aie jamais vus ! La nuit était claire, les étoiles toutes proches c'était magnifique, grandiose ! C'était le planétarium de Lucerne mais version réelle ! Sur ce, bonne nuit !

 


 

 

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La dernière mise à jour de ce site date du 01/11/05